Pentax 67 : Le Reflex de l'Extrême

Si le monde de la photographie était une salle de sport, le Pentax 67 serait celui qui soulève les fontes les plus lourdes sans jamais broncher. Surnommé affectueusement "The Beast" (la bête), ce boîtier japonais a réussi l'impossible : offrir la prise en main d'un petit reflex 24x36 tout en produisant des négatifs quatre fois plus grands.

Une lignée de géants (1969 - 2009)

L'histoire commence en 1969 avec le Pentax 220. Rapidement renommé Pentax 6x7, puis évoluant en Pentax 67 (1989) et enfin 67II (1998), ce système est resté au catalogue pendant 40 ans.

À l'époque, les professionnels du 6x7 utilisaient principalement des Mamiya RB67, des boîtiers de studio lourds et cubiques que l'on manipule sur trépied. Pentax a balayé cette norme en proposant un design "reflex" classique, permettant une réactivité et une liberté de mouvement inédites pour le format.

Fiche Technique : Le monstre de précision

Ce qui définit le Pentax 67, c'est avant tout son échelle démesurée :

  • Format : 6x7 cm (le "format idéal" pour les tirages papier).
  • Obturateur : Plan focal à rideaux de tissu, de 1s à 1/1000s.
  • La visée : Interchangeable, avec le célèbre prisme (avec ou sans cellule) qui donne au boîtier sa silhouette si massive.
  • Optiques : La monture à double baïonnette Pentax 67 accueille des optiques légendaires comme le 105mm f/2.4, célèbre pour son rendu crémeux et son bokeh unique (grâce à l'utilisation de terres rares comme le Thorium dans les premières versions).
  • Le "Clac" : Le bruit du déclenchement est si puissant qu'il est devenu une signature sonore. Le miroir est si grand qu'il nécessite souvent l'utilisation du levier de relevage manuel (Mirror Up) pour éviter les flous de bougé.

Le Pentax 67 et sa célèbre poignée en bois Le Pentax 67 avec sa poignée en bois (Wood Grip), accessoire quasi indispensable pour dompter son poids.

Anecdotes : Entre force brute et douceur optique

On raconte souvent que le Pentax 67 n'est pas seulement un appareil photo, mais aussi une arme de défense personnelle tant sa construction est robuste.

  • Le Thorium : Les premières optiques 105mm f/2.4 jaunissent avec le temps à cause de la radioactivité (très faible) des lentilles au Thorium. Les photographes les laissent aujourd'hui sous une lampe UV pour retrouver leur clarté originale.
  • Le choc du miroir : La force du miroir est telle que certains photographes affirment pouvoir ressentir le contrecoup dans leurs poignets après une journée de shooting !

Les yeux du génie : Qui l'a utilisé ?

Le Pentax 67 est l'outil fétiche de photographes au style radicalement opposé :

  1. Bruce Weber : Le célèbre photographe de mode américain a construit son esthétique masculine et ses campagnes iconiques (Abercrombie, Ralph Lauren) autour du grain et de la profondeur de champ du 105mm.
  2. Raymond Depardon : Pour son travail documentaire et ses paysages, Depardon a souvent privilégié la mobilité du Pentax 67 pour capturer l'immensité du monde avec une définition chirurgicale.
  3. Sebastian Salgado : Bien qu'il ait utilisé de nombreux systèmes, le Pentax 67 a fait partie de sa besace pour certains de ses projets au long cours.
  4. Nan Goldin : Elle a utilisé la bête pour capturer l'intimité de son entourage avec une vérité brute que seul le moyen format permet d'atteindre.

Pourquoi le Pentax 67 est-il immortel ?

Aujourd'hui, le Pentax 67 connaît une seconde jeunesse fulgurante sur le marché de l'occasion. Sa capacité à isoler un sujet avec une transition flou-net d'une douceur infinie en fait l'appareil préféré des portraitistes argentiques contemporains. Posséder un Pentax 67, c'est accepter ses contraintes (poids, bruit, chargement lent) pour accéder à l'un des rendus les plus organiques de l'histoire de la photographie.

© Jacques Mielcarek