Sensations : Le moi intérieur et l'absence d'image
Hier, je suis parti faire des photos à Piennes, la commune de Babcia et Dziadek (ma grand-mère et mon grand-père).
Je voulais ramener des photos du bâtiment de vins et spiritueux qui fait l'angle de la place centrale. Le but était de capturer les publicités de vins peintes sur les murs — ce côté écaillé, passé. J'y voyais du matériau pour le projet Zone Rouge (sur la mémoire et la résilience) et pour le projet Traces / Ślady.
Je m'étais préparé : le lundi était coché depuis une semaine, la météo prévoyait un temps clair. J'avais choisi le 10-24 mm pour retrouver mon 21 mm de prédilection.
Et puis... rien.
Le bâtiment était à l'ombre. Le soleil, caché derrière une frange de nuages. Des grilles empêchaient l'accès à ces murs aux peintures d'un autre temps.
Mais, beaucoup plus grave : je n'ai jamais été dedans. Pour pouvoir sortir des photos, je me rends compte que je dois être dans un état d'esprit particulier. C'est un autre moi, un moi intérieur qui ne se révèle que quand l'envie est puissante — cette envie de m'exprimer avec mes propres codes, mon propre rapport au monde.
Pas d'envie, pas de photos.
J'ai terminé cette séance devant la Cité Radieuse de Le Corbusier à Briey. Toujours rien. L'immeuble était lui aussi à l'ombre. J'ai eu très froid, les mains gelées.
